Les dangers du mobile
FAUT-IL L'ETEINDRE?
Une vingtaine de médecins et scientifiques sonnent l'alarme. Le point sur ce que dit la recherche
Le téléphone portable provoque-t-il des tumeurs au cerveau ? Ce soupçon a été formulé de manière récurrente, quasiment depuis l'apparition du mobile. Vini Khurana, neurochirurgien à l'hôpital de Canberra, en Australie, a même affirmé que le téléphone cellulaire était plus dangereux que la cigarette ! En France, et sur un ton beaucoup plus modéré, David Servan-Schreiber vient à son tour de lancer l'alarme dans «le Journal du dimanche» (15 juin). Soutenu par une vingtaine de médecins et de scientifiques, l'auteur à succès d'«Anticancer» invite les usagers à se servir de leur portable avec modération et à l'interdire aux enfants de moins de 12 ans, sauf en cas d'urgence. Sage précaution ? «DSS» admet lui-même que le danger du portable n'est pas scientifiquement démontré. Aucune étude épidémiologique n'a établi que l'usage du portable augmentait de manière significative le risque de tumeur cérébrale.
A l'inverse, le plus important programme de recherche mené sur le sujet au Royaume-Uni a abouti, en septembre 2007, à la conclusion que le téléphone mobile n'était associé à aucun risque pour la santé, et en particulier ne provoquait pas de cancer. Ce programme, mené pendant six ans, a bénéficié de 8,8 millions de livres de fonds publics et privés et a associé de nombreuses équipes (le rapport est disponible sur www.mthr.org.uk). Selon le directeur du programme, le professeur Lawrie Challis, de l'université de Nottingham, il n'est pas nécessaire de mener de nouvelles recherches sur les risques sanitaires des téléphones mobiles, au moins pour ceux qui ont utilisé l'appareil pendant une durée de moins de dix ans. Conclusions partagées par la Food and Drug Administration américaine. Le seul point d'interrogation qui reste concerne une exposition sur une longue durée, supérieure à une décennie. A ce jour, les études ne peuvent pas trancher, faute de recul. Et elles ne le pourront pas avant des années.
Il faut ajouter que l'on a constaté depuis les années 1970, en France et en général dans les pays industrialisés, une augmentation régulière de la fréquence des tumeurs au cerveau. Cette augmentation, encore inexpliquée, est très antérieure au développement de la téléphonie mobile et ne s'est pas accélérée avec l'apparition de la technologie du portable. La situation est donc totalement différente de ce que l'on avait observe pour le tabac a partir des années 1950 : la courbe des cancers du poumon était rigoureusement parallèle à celle de la consommation de cigarettes.
Faut-il, au nom du principe de précaution, se protéger des dangers potentiels du portable ? Peut-être. Mais ne devrait-on pas, avant de s'inquiéter de risques purement virtuels, s'occuper de ceux qui sont avérés ? Une société qui jette l'anathème sur le téléphone mobile, mais où les automobilistes, au mépris de la loi, lâchent leur volant pour ne pas rater une communication, n'a pas un comportement très rationnel. Entre phobie et addiction, existe-t-il une voie moyenne ?
Michel de Pracontal
Le Nouvel Observateur
COMPREHENSION DE TEXTE
1) Résumez les idées principales
2) Expliquer les expressions:
a) Ce soupçon a été formulée de manière récurrente
b) Faut-il au nom du "principe de précaution", se protéger des dangers potentiels du portable?
c) Entre phobie et addiction, existe-t'il une voie moyenne?
3) Le téléphone portable est-il dangereux ou non? Qu'en pensez-vous? (Réponse attendue en un texte structuré d'une moyenne de 15 lignes)